Les banques ne prêtent pas à tout le monde, ni dans tous les délais. Une entreprise qui veut se développer, une société immobilière qui doit boucler une acquisition rapidement, peuvent se tourner vers des investisseurs privés. C'est ce marché que l'on appelle la dette privée. Longtemps réservé aux institutionnels et aux grandes fortunes, il est aujourd'hui accessible aux particuliers, avec des règles qu'il faut connaître avant d'y placer un euro.
La dette privée, c'est prêter à une entreprise ou à une société immobilière sans passer par une banque : l'investisseur devient créancier, perçoit des intérêts, et dépend de la capacité de l'emprunteur à rembourser et de la qualité des garanties prises.
Cet article décrit ce qu'est une opération de dette privée, les deux formes qu'elle prend, qui peut y investir et comment, ce qui se négocie, ce qu'elle rapporte et ce qu'elle risque, puis la place qu'elle peut occuper dans un patrimoine.
Qu'est-ce que la dette privée ?
Une opération de dette privée consiste à prêter de l'argent à une société, hors du système bancaire. L'emprunteur peut être une entreprise classique, qui utilise les fonds pour se développer, ou une société de gestion immobilière, qui les utilise pour réaliser des acquisitions. En échange, l'emprunteur verse un intérêt et rembourse le capital à l'échéance prévue.
La différence avec le private equity est fondamentale, même si les deux relèvent du non coté. En private equity, on devient actionnaire : on partage les gains et les pertes de l'entreprise, sans limite ni dans un sens ni dans l'autre. En dette privée, on est créancier : le rendement est fixé à l'avance, le capital doit être remboursé, et l'on passe avant les actionnaires si l'entreprise a des difficultés. Le risque n'est pas nul, il est d'une autre nature : c'est le risque que l'emprunteur ne rembourse pas.
Les deux formes d'une opération de dette privée
Une opération peut être courte, de quelques mois, avec un intérêt versé à l'échéance en même temps que le remboursement du capital. C'est la forme typique du financement d'une acquisition immobilière en attente d'un crédit bancaire ou d'une revente.
Elle peut aussi être plus longue, avec des distributions mensuelles de revenus pendant toute la durée du prêt. Cette forme intéresse les épargnants qui cherchent un complément de revenus régulier plutôt qu'une capitalisation. Dans les deux cas, l'argent est immobilisé jusqu'au terme : il n'y a pas de guichet pour sortir avant.
Qui peut y investir, et comment
Tout investisseur peut, en principe, participer à une opération de dette privée. En pratique, il existe deux voies.
Les opérations montées sur mesure. Un gestionnaire ou un family office identifie un emprunteur, structure le prêt, négocie les garanties et y fait participer ses clients. C'est la voie que privilégie Mikael Guéviguian, parce qu'elle permet de choisir l'emprunteur et surtout d'imposer les conditions de garantie décrites plus bas. Elle suppose un intermédiaire qui a les encours et l'expertise pour le faire.
Les fonds de dette privée. Des sociétés de gestion collectent auprès de nombreux investisseurs et prêtent à un portefeuille d'entreprises. Ils sont accessibles en direct ou comme unités de compte dans certains contrats d'assurance vie, y compris luxembourgeois via un fonds interne dédié. Mikael Guéviguian est réservé sur cette voie dans le contexte actuel, qu'il juge compliqué pour ce marché : la diversification d'un fonds ne remplace pas la qualité des garanties prises sur chaque prêt, et l'investisseur ne les choisit pas.
Ce que ça rapporte : des rendements à lire avec leur contrepartie
Les rendements affichés sur les opérations de dette privée vont, selon la durée, la qualité de l'emprunteur et le niveau de garantie, de 3 à 12 % par an. Les opérations courtes et bien garanties montées par un family office se situent dans le haut de cette fourchette.
Ces chiffres sont des ordres de grandeur, jamais une promesse. Un rendement élevé rémunère trois choses : un risque de défaut, une immobilisation du capital, et le travail de structuration de celui qui monte l'opération. Un rendement sans risque n'existe pas, et un rendement supérieur au marché sans garantie solide doit être lu comme un signal d'alerte, pas comme une opportunité. Les intérêts perçus par un particulier sont par ailleurs imposés comme des revenus de placement (prélèvement forfaitaire unique de 30 %, sauf option pour le barème), ce qui ramène le rendement net en conséquence.
Ce qui se négocie : la fiducie-sûreté
L'avantage d'une opération de dette privée, par rapport à un placement standard, est que les conditions se négocient. Et ce que Livingstone négocie systématiquement, c'est la mise en place d'une fiducie-sûreté.
Une fiducie-sûreté est un contrat par lequel l'emprunteur transfère des biens, en général immobiliers, dans un patrimoine distinct, tenu par un fiduciaire, pour garantir le prêt. Si l'emprunteur ne rembourse pas, les prêteurs peuvent faire vendre ces biens eux-mêmes et se rembourser sur le produit de la vente, sans dépendre d'une procédure collective et sans passer après d'autres créanciers. C'est une garantie nettement plus solide qu'un nantissement ou qu'une hypothèque, dont le rang et les délais de mise en œuvre laissent souvent le prêteur incertain de récupérer son capital.
La règle pratique est de demander une couverture supérieure au montant prêté : pour 100 prêtés, des biens valant de 125 à 400 selon les opérations. La marge absorbe une baisse de valeur des biens et les frais de la vente.
Les risques, et comment on les encadre
Une garantie insuffisante. C'est le premier risque, et le plus fréquent dans les offres collectives : un prêt garanti seulement par un nantissement ou une hypothèque de second rang. En cas de problème, rien n'assure de récupérer le capital. La parade est de n'entrer que dans des opérations où la garantie est réelle, de premier rang, et supérieure au montant prêté.
Le défaut de l'emprunteur. Même bien garanti, un prêt peut ne pas être remboursé à l'échéance. Avec une fiducie-sûreté, le capital est récupéré par la vente des biens, mais cette vente prend du temps. Une opération prévue sur six mois peut durer un an. C'est un risque de liquidité, pas de perte, à condition que la garantie ait été correctement dimensionnée. Dans une opération bien structurée, les intérêts continuent de courir pendant cette période.
À ces deux risques, nous en ajoutons un troisième, qui relève de l'épargnant : la concentration. La dette privée n'est couverte par aucun fonds de garantie, à la différence d'un dépôt bancaire (FGDR) ou d'un contrat d'assurance vie (FGAP). Il ne faut y consacrer qu'une part limitée de son patrimoine financier, répartie si possible sur plusieurs opérations, et jamais la réserve dont on pourrait avoir besoin avant l'échéance.
Le mot « garanti » figure dans presque toutes les présentations de dette privée. Avant de signer, quatre questions : de quelle nature est la garantie (fiducie, hypothèque, nantissement, simple caution) ? À quel rang ? Pour quelle couverture par rapport au montant prêté ? Et qui vend, et en combien de temps, si l'emprunteur fait défaut ?
Quelle place dans un patrimoine ?
La dette privée n'est pas un placement de départ. Dans la logique du collectif, protéger avant de faire fructifier, elle vient après : une fois la réserve de précaution constituée, les garanties et les frais des contrats existants vérifiés, la diversification de base en place. Elle occupe alors une poche de diversification, décorrélée des marchés cotés, dont le rendement ne dépend ni de la Bourse ni des taux du Livret A.
Elle s'adresse à des épargnants qui peuvent immobiliser une somme sur la durée de l'opération, qui comprennent qu'un rendement rémunère un risque, et qui ont accès à un intermédiaire capable de choisir l'emprunteur et d'imposer les garanties. C'est précisément le rôle d'un gestionnaire de patrimoine indépendant ou d'un family office : les opérations auxquelles il donne accès ne sont pas celles que l'on trouve seul.
Prolongements
À lire aussi : le private equity pour les particuliers, l'autre grande famille du non coté, et la diversification par les actifs alternatifs, qui replace la dette privée parmi les autres classes d'actifs décorrélées. Pour les contrats qui peuvent accueillir ce type d'actifs, voir FAS, FID et fonds dédié.
Selon l'objectif, la dette privée relève de faire fructifier son épargne (opérations courtes, intérêts à l'échéance) ou de créer un complément de revenus (opérations longues à distributions mensuelles). Mikael Guéviguian est membre expert du collectif : sa page de présentation de Livingstone détaille son approche.
Par Mikael Guéviguian