Les notaires le constatent tous les jours : la première demande de la plupart des clients qui entrent dans leur bureau est la même, « je ne veux pas payer de droits de succession ». Pourtant, une majorité d'entre eux n'en paieront pas. L'inquiétude affichée n'est donc pas la vraie inquiétude. Alors, quelle est-elle ?
Ce qui bloque une transmission, ce n'est pas l'impôt : c'est la peur d'aborder le sujet. Le premier rôle d'un gestionnaire de patrimoine est de la lever.
Préparer sa transmission : la vraie inquiétude, c'est la peur d'en parler
Ce que les gens redoutent, c'est d'évoquer le sujet et de le prendre vraiment à cœur. Préparer sa transmission, c'est se poser avec un conseiller et parler d'un patrimoine construit toute une vie, le fruit d'un travail. Et c'est aussi l'étape du « après moi, qu'est-ce qui va se passer ? ». Ce n'est pas le sujet le plus gai, on ne va pas se mentir. Mais c'est un exercice qu'il faut absolument faire pour protéger les siens.
Le paradoxe est frappant : un gestionnaire de patrimoine passe l'essentiel de son temps à aider ses clients à construire leur patrimoine. Et une fois qu'il est construit, on observe souvent un arrêt net, comme si la suite n'existait pas.
Anticiper sa transmission pour ne pas dépendre de ses enfants
« Je ne veux pas dépendre de mes enfants » : cette phrase revient sans cesse dans les rendez-vous patrimoniaux. C'est l'autre face de la transmission. Il ne s'agit pas seulement de ce que l'on laissera, mais de garder ses propres marges de manœuvre jusqu'au bout. Pour cela, il n'y a pas de secret : anticiper, et travailler le plus tôt possible, pour pouvoir financer la suite et transmettre en toute simplicité, en toute décontraction.
Préparer sa succession : la pire erreur, c'est d'attendre la dernière minute
Beaucoup de familles traitent la transmission comme un imprévu. On ne l'a pas préparée, on l'a mise de côté parce que ça arrangeait tout le monde, par crainte aussi de froisser la famille, les frères, les sœurs. Résultat : le sujet est souvent pris à la dernière minute. Et ça, c'est la pire erreur.
Le conseil tient en trois mots : ne pas avoir peur, oser, s'y prendre tôt. Prendre le sujet à bras-le-corps quand on a encore le temps de choisir, plutôt que de subir quand il ne reste plus que l'urgence.
Ce qu'un gestionnaire de patrimoine apporte, concrètement
De la pédagogie, d'abord. Il y a un énorme travail pédagogique à faire sur la transmission. Le gestionnaire de patrimoine la rend compréhensible et accessible : il explique ce qui va se passer et répond aux questions que l'on n'ose pas poser.
De l'écoute. Chaque famille a son histoire, ses non-dits, ses équilibres. Un bon gestionnaire de patrimoine écoute avant de proposer.
De l'anticipation. Il aide à organiser le patrimoine assez tôt pour garder ses marges de manœuvre, financer sa propre perte d'autonomie sans dépendre de ses enfants, et transmettre dans de bonnes conditions. Pour les aspects juridiques et fiscaux, il travaille avec le notaire ; son rôle à lui est de mettre le sujet sur la table et de tenir le cap dans la durée.
Un objectif : que la famille reste une famille. C'est le rôle principal du gestionnaire de patrimoine dans une transmission. Les conflits ne sont pas une fatalité : si la transmission est préparée de manière précise, pérenne et honnête, il n'y a aucune raison que ça arrive.
Par où commencer pour préparer sa transmission ?
- Acceptez d'en parler : c'est l'étape la plus difficile, et la plus importante.
- Listez ce que vous possédez, et ce que vous voulez pour vous d'abord : ne pas dépendre de vos enfants.
- Dites ce que vous souhaitez pour chacun, et ce que vous craignez pour l'entente familiale.
- Faites le point avec un gestionnaire de patrimoine, puis avec un notaire pour la mise en œuvre.
- Ne reportez pas : plus on s'y prend tôt, plus on a de choix.
Pour faire le point sur votre situation : le bilan transmission. Voir aussi : transmettre son patrimoine avec l'assurance vie.
Par Romain Darré