Dans une association, tous les chemins ne se valent pas : l'argent doit rester cohérent avec la cause. Encore faut-il avoir écrit cette direction. Sans elle, le trésorier et le gestionnaire de patrimoine choisissent des placements sans critère partagé, et le conseil d'administration valide au cas par cas.
La charte de placement est le document, adopté par les instances de l'association, qui fixe ce qu'elle attend de ses réserves (sécurité, disponibilité, rendement), ce qu'elle refuse de financer et ce qu'elle veut soutenir.
À quoi sert une charte de placement ?
Elle sert d'abord à décider plus sereinement. Le conseil d'administration fixe une fois les règles, puis vérifie que chaque placement les respecte. Le trésorier sait dans quel cadre il agit, le gestionnaire de patrimoine sait ce qu'il doit chercher.
Elle sert aussi à rendre des comptes. Une association peut montrer à ses donateurs, à ses adhérents et à ses financeurs comment son argent est placé, et pourquoi.
Elle sert enfin à aligner les placements sur la mission. C'est la démarche que Vincent Auriac recommande en premier à une association qui veut que son argent soit cohérent avec sa cause.
Ce que contient une charte de placement
- Les objectifs : préserver la valeur des réserves, les protéger de l'inflation, en tirer un revenu, financer un projet précis.
- La répartition entre court et long terme : la part qui doit rester disponible, à partir du plan de trésorerie, et la part qui peut être placée plusieurs années.
- Le niveau de risque accepté : la part des réserves qui doit rester garantie, et la part sur laquelle l'association accepte des fluctuations.
- Les exclusions : les secteurs ou les activités que l'association refuse de financer.
- Les thèmes à soutenir : ce qu'elle veut promouvoir avec son argent, en lien avec sa mission.
- La gouvernance : qui propose, qui décide, à quelle fréquence le conseil fait le point sur les placements.
Par où commencer : ce que l'on ne veut pas
La plupart des chartes commencent par une question simple : dans quoi ne veut-on pas investir ? L'alcool, le tabac, d'autres activités selon la mission. Cette liste est facile à établir et souvent consensuelle au sein du conseil.
Vient ensuite la question plus exigeante : qu'a-t-on envie de promouvoir ? C'est là que le travail de recherche commence. Les placements responsables ne sont pas si nombreux, et certaines missions sont très précises. Une association qui défend les droits humains ne trouvera pas facilement un produit qui leur soit consacré : on cherche alors à s'en rapprocher. Il arrive aussi qu'un gestionnaire rédige un cahier des charges à partir des besoins de son client, puis fasse fabriquer le produit pour lui.
Comment l'écrire, étape par étape
- Faire le point sur la trésorerie : établir le plan des entrées et des sorties pour connaître les montants disponibles et leur horizon.
- Lister les exclusions, puis les thèmes à soutenir, en partant de la mission et des valeurs de l'association.
- Fixer le niveau de risque et la part des réserves qui doit rester garantie.
- Définir la gouvernance : rôle du trésorier, du conseil, du gestionnaire de patrimoine, fréquence des points.
- Faire adopter la charte par le conseil d'administration, puis la relire régulièrement.
Un gestionnaire de patrimoine peut accompagner chaque étape, puis chercher les placements qui respectent la charte et demander les preuves de leur impact. Sur la façon de vérifier où va l'argent d'un placement, voir placement responsable : comment savoir où va vraiment l'argent.
Une charte ne garantit pas que le placement idéal existe. Elle fixe une direction : le gestionnaire cherche les solutions qui s'en approchent le plus, et le conseil d'administration valide en sachant ce qu'il choisit et pourquoi.
Par Vincent Auriac