Les trois erreurs décrites ici n'ont rien à voir avec un mauvais choix de placement. Elles se situent avant : dans l'organisation de la trésorerie, dans le lien entre l'argent et la mission, et dans la manière de protéger la valeur des réserves dans le temps. Elles se corrigent toutes, à condition d'y consacrer un peu de méthode.
Avant de choisir un placement, une association doit savoir quand l'argent va sortir (plan de trésorerie), où elle veut qu'il aille (charte de placement) et comment il gardera sa valeur face à l'inflation.
Erreur n° 1 : placer sans plan de trésorerie
Les entrées d'argent posent rarement problème. Ce sont les sorties qui mettent une association en difficulté : une dépense imprévue qui oblige à récupérer un placement avant son terme, au mauvais moment ou avec une pénalité. La première erreur est donc de placer sans savoir précisément quand l'argent devra sortir.
Le remède est un plan de trésorerie écrit : les entrées et les sorties attendues, mois par mois, sur l'année et si possible au-delà. Les professionnels parlent de gestion actif-passif : mettre en face de chaque échéance de dépense un placement adapté. Ce travail se mène avec le trésorier, le directeur financier s'il y en a un, et il doit se raccorder à la stratégie de l'association. De plus en plus d'associations ont un plan à cinq ans, comme une entreprise : c'est la bonne base.
Ce plan permet de séparer deux enveloppes :
- la trésorerie de court terme, l'argent dont l'association a besoin régulièrement : elle doit rester disponible à tout moment ;
- les réserves de long terme, sans besoin de retrait prévu à court terme : elles peuvent être placées à moyen ou long terme, sur des supports qui ont vocation à rapporter davantage, et donc à augmenter la capacité d'action de l'association.
C'est aussi une exigence réglementaire : le client doit informer son conseiller de ce qui peut arriver. Sans cette information, aucun gestionnaire de patrimoine ne peut construire une solution correcte.
Erreur n° 2 : des placements sans lien avec la mission
Une association qui agit pour l'environnement et dont les réserves financent, sans qu'elle le sache, des activités contraires à sa cause s'expose à une incohérence difficile à expliquer à ses donateurs et à ses adhérents. L'idéal est d'aligner les placements sur la mission.
Ce n'est pas toujours simple. Les placements responsables ne sont pas si nombreux, et certaines missions sont très précises : une association qui défend les droits humains ne trouvera pas facilement un produit qui leur soit consacré. On cherche alors à s'en rapprocher. Il arrive aussi qu'un gestionnaire rédige un cahier des charges à partir des besoins de son client et fasse fabriquer le produit pour lui.
L'outil pour y parvenir est la charte de placement, aussi importante qu'une charte financière. Elle commence souvent par ce que l'association refuse de financer (l'alcool, le tabac, par exemple), puis par ce qu'elle veut soutenir. Les placements se choisissent ensuite à partir de ce document.
Erreur n° 3 : laisser l'inflation éroder les réserves
C'est l'erreur la moins visible, parce qu'elle ne se voit pas sur le relevé : le montant reste le même, mais il achète moins. Quand les prix augmentent plus vite que ce que rapportent les réserves, l'association peut financer moins d'actions avec le même argent. Une association qui distribue des repas paie ses denrées plus cher ; si sa trésorerie n'a pas suivi, elle distribue moins.
Vincent Auriac cite le cas de fondations créées il y a un demi-siècle ou plus : leur dotation figure toujours dans les comptes, mais, placée sans protection contre l'inflation pendant des décennies, elle ne permet plus de financer ce que le fondateur avait en tête. Le risque ne venait pas d'un placement hasardeux, mais d'un argent qui n'a pas progressé pendant que les prix augmentaient.
Une partie du problème tient à l'exigence de garantie du capital appliquée à l'ensemble des réserves. Elle est légitime pour la trésorerie de court terme. Appliquée à des réserves qui n'ont pas vocation à être retirées avant plusieurs années, elle limite le rendement à un niveau qui, en période d'inflation, ne suffit pas à maintenir leur valeur. Sur l'inflation et les moyens d'y faire face, voir aussi protéger son épargne de l'inflation.
Pour chaque placement, Vincent Auriac examine quatre points : la protection contre l'inflation, un rendement obtenu sans prendre trop de risque, l'impact (savoir où va l'argent) et la fiscalité propre à l'association, quand elle peut être optimisée.
Ce qu'apporte un gestionnaire de patrimoine
Un gestionnaire de patrimoine qui connaît les associations a travaillé chacun de ces sujets : la structuration actif-passif, le plan de trésorerie, la cohérence avec la mission, la charte de placement, puis le choix des supports qui protègent de l'inflation. Il présente ses propositions de façon factuelle, pour que le conseil d'administration puisse décider. Pour comparer son rôle à celui de la banque, voir banque ou gestionnaire de patrimoine pour la trésorerie d'une association.
Tout placement autre que les comptes et livrets garantis comporte un risque de perte en capital. Les solutions s'étudient au cas par cas, au regard du plan de trésorerie et de l'horizon de chaque structure.
Par Vincent Auriac