L'idée la plus répandue sur la finance responsable est qu'investir dans un fonds responsable finance la transition. C'est plus compliqué que ça. Comprendre pourquoi est la première étape pour choisir un placement en connaissance de cause.
Un placement responsable est un placement dont on comprend le fonctionnement et dont on sait où va l'argent, avec la preuve qu'il va bien là où l'investisseur le souhaite.
Acheter une action ne finance pas l'entreprise
L'essentiel des échanges en bourse se fait sur ce que l'on appelle le marché secondaire : on achète des titres que d'autres investisseurs vendent. Il y a transfert du rôle d'actionnaire, mais l'argent va au vendeur du titre, pas à l'entreprise. L'entreprise n'est financée qu'au moment où elle émet de nouvelles actions ou de nouvelles obligations, sur le marché primaire.
Or la grande majorité des produits qui se disent responsables travaillent sur le marché secondaire. Ils achètent des actions de sociétés qui fabriquent des éoliennes, des panneaux solaires ou des solutions pour l'eau. C'est tout à fait acceptable : cela oriente l'épargne vers ces sociétés et leur donne des actionnaires. Mais l'argent investi ne va pas dans leurs caisses. Il faut le savoir avant d'investir.
Financer directement un projet : c'est possible
Quand un investisseur veut pouvoir se dire « mon argent finance telle chose », il faut d'autres solutions : des placements qui permettent de flécher l'argent vers des projets identifiés, puis de certifier qu'il y est allé. Ce sont par exemple des financements de nouvelles capacités d'énergie renouvelable, d'immobilier mieux isolé, de prêts à l'agriculture. L'argent placé ajoute alors quelque chose qui n'aurait pas existé sans lui.
Ces solutions sont peu proposées dans les réseaux bancaires. Les identifier demande du temps : Vincent Auriac compte plusieurs mois d'analyse avant de retenir un produit, avec de nombreuses questions posées à la société qui le propose. Tant qu'il n'a pas les réponses, le produit n'est pas sélectionné.
Les labels : utiles, mais pensés pour le grand public
Les labels comme le label public ISR (investissement socialement responsable) ou Greenfin attestent qu'un fonds respecte un cahier des charges. Ils existent et ils sont utiles pour s'orienter. Mais un label répond à un besoin de grand public. Un investisseur qui a une idée précise de ce qu'il veut financer, une association surtout, a besoin d'aller plus loin : la différence est celle qui sépare le prêt-à-porter du sur-mesure.
Vincent Auriac a ainsi construit sa propre grille de lecture, un score carbone, persuadé que le changement climatique pèsera durablement sur tous les placements et que tout produit financier doit s'y intéresser.
Cinq questions pour reconnaître un fonds vraiment responsable
- Où va l'argent ? Dans les caisses d'entreprises ou de projets (marché primaire, financement direct), ou chez d'autres investisseurs (marché secondaire) ?
- Peut-on le prouver ? Le gestionnaire du fonds publie-t-il la liste des projets financés et ce qu'ils ont produit ?
- Peut-on aller voir ? Certains produits se visitent : un immeuble, une ferme solaire. Vincent Auriac demande à se rendre sur place ; il lui est arrivé d'être le premier à le faire, avant même le commercial qui vendait le produit.
- Est-ce cohérent avec ce que l'on refuse ? Les exclusions du fonds correspondent-elles à celles de l'investisseur ?
- Que peut-on en attendre ? La performance passée rassure sur l'existence du produit, mais l'investisseur place son argent pour les années à venir. La bonne question porte sur ce que le produit peut rapporter demain, et avec quel risque.
Un exemple : de 0 à 85 % en quatre à cinq ans
Un client de Vincent Auriac ne pratiquait pas la finance responsable, mais le sujet l'intéressait. Tout était à expliquer, produit par produit : chaque solution, dans son domaine, demande des explications, qu'il s'agisse de prêts agricoles ou d'immobilier. Au bout de quatre à cinq ans, la part de son portefeuille placée dans des solutions responsables est passée de 0 à 85 %.
Pour faciliter ces décisions, chaque produit tient chez AXYLIA sur une fiche recto-verso : ce que c'est, à quoi ça sert, comment ça marche, sa répartition par secteur et par zone géographique, ce qu'on peut en attendre.
Pour une association : par où commencer ?
Par écrire ce que l'association veut, et ce qu'elle ne veut pas, dans une charte de placement. C'est elle qui permet ensuite de trier les placements et de demander des preuves. Les autres sujets à régler avant de placer sont détaillés dans les 3 erreurs à éviter pour placer la trésorerie d'une association.
Les placements responsables comportent, comme les autres, un risque de perte en capital. Ils s'étudient au cas par cas, au regard des objectifs et de l'horizon de chaque investisseur.
Prolongements
Sur la construction d'un patrimoine équilibré : la vraie diversification de patrimoine.
Par Vincent Auriac