Elles travaillent, épargnent, et pourtant leur patrimoine finit souvent plus bas que celui des hommes. L'explication tient en trois raisons principales. Aucune n'est spectaculaire. C'est justement ce qui les rend dangereuses.
Trois écarts, presque invisibles pris un par un, se cumulent sur 10, 20 ou 30 ans : moins de revenus, une répartition de l'argent du couple défavorable, et des placements moins rémunérateurs.
Piège n° 1 : l'écart de rémunération
« Les femmes gagnent encore moins que les hommes, c'est indéniable. » La conséquence est mécanique : à dépenses égales, il reste moins à mettre de côté à la fin du mois. Et ce qui n'est pas épargné aujourd'hui ne travaille pas pendant les années qui suivent.
On ne corrige pas un salaire en un jour. On peut en revanche changer l'ordre des choses : décider d'abord du montant à mettre de côté chaque mois, et commencer par cette « dépense », au lieu d'épargner ce qui reste. C'est le premier geste à faire pour construire sa propre sécurité financière (voir : bien gagner sa vie sans se constituer de patrimoine).
Piège n° 2 : la façon dont l'argent circule dans le couple
Dans un couple, le niveau de vie se cale souvent quelque part entre les deux rémunérations. Sauf que, si la femme gagne moins, une part très importante de son salaire part dans les dépenses communes. Là encore, il lui reste moins pour épargner.
S'y ajoute une répartition des dépenses souvent genrée. D'un côté, celle qui prend en charge les dépenses courantes : les courses, le quotidien, ce dont « il ne reste rien au bout de 10 ou 20 ans ». De l'autre, celui qui investit davantage dans des actifs qui auront pris de la valeur au bout de 10 ou 20 ans. Au départ, chacun « participe ». À l'arrivée, l'écart de patrimoine est considérable.
Les questions à se poser à deux : qui paie quoi ? Ce que chacun dépense laisse-t-il quelque chose dans dix ans ? Et à quel nom sont les biens et les placements qui prennent de la valeur ?
Piège n° 3 : des placements moins risqués, mais moins rémunérateurs
Même sur la part qu'elles investissent, les femmes choisissent généralement des produits moins risqués, mais aussi moins rémunérateurs. « Ça ne se voit pas forcément au début, mais au bout de 10, 20, 30, 40 ans, la disparité est extrêmement marquée. »
La prudence n'est pas une erreur en soi : une épargne de précaution doit rester disponible et sans risque. Le piège, c'est de laisser au même endroit l'argent dont on n'aura pas besoin avant longtemps. Le bon niveau de risque dépend de l'horizon et des projets, pas d'une habitude.
Tout placement autre que les comptes et livrets garantis comporte un risque de perte en capital. Les solutions s'étudient au cas par cas, selon la situation, les projets et l'horizon de chacun.
Le vrai piège : l'effet cumulé
« Chacun de ces sujets pris séparément, on peut se dire que c'est un petit truc : au bout d'un an ou deux, on ne voit pas trop la différence. Mais tout ça mis bout à bout, ça explique vraiment cette disparité de patrimoine entre les hommes et les femmes. »
Ces écarts ne sont pas une fatalité. « Si on prend le sujet un peu en amont, qu'on en parle en couple, il y a moyen de mettre en place un certain nombre de choses pour s'assurer qu'on a construit un patrimoine égal entre les deux membres du couple. »
Par où commencer ?
- Regardez, sur quelques mois, qui paie quoi dans le couple, et ce qu'il en reste dans le temps.
- Calculez ce que chacun peut réellement mettre de côté chaque mois.
- Parlez de la répartition des dépenses communes pour que chacun puisse épargner.
- Vérifiez à quel nom sont les biens et les placements qui prennent de la valeur.
- Gardez une épargne de précaution, puis adaptez vos placements à votre horizon.
- Faites le point avec un professionnel, idéalement à deux.
Pour faire le point sur votre situation, le bilan patrimonial gratuit de 30 minutes est un bon point de départ. Les gestionnaires du collectif Protection Épargne sont indépendants et signataires d'une même charte.
Par Clotilde Garelli