Un produit structuré promet deux choses : un coupon et une protection du capital. Ces deux promesses sont conditionnelles, et les conditions sont décrites avec un vocabulaire précis. Comprendre ce vocabulaire est le minimum avant de souscrire, et c'est souvent ce qui manque. Cet article complète notre article de référence sur les produits structurés.
Dans un produit structuré, le capital est garanti à l'échéance (jamais à tout moment), protégé jusqu'à une barrière (au-delà, la perte est totale), et le coupon n'est versé que si le sous-jacent reste au-dessus d'une barrière de coupon. Trois seuils, trois scénarios à connaître.
Capital garanti : garanti à l'échéance, pas à tout moment
Il existe des produits structurés dont le capital est garanti. Mais garanti à l'échéance du produit. Un exemple : votre produit dure trois ans, et à la fin de la première année, vous êtes en perte de 5 %. Il n'y a pas péril en la demeure, puisqu'au terme, le capital est garanti. En revanche, si vous souhaitez retirer vos fonds tout de suite, vous en avez la possibilité, mais vous récupérez la valeur liquidative du moment : si vous avez perdu 5 %, vous encaissez 5 % de perte.
Ce n'est donc pas du tout le fonds euro, où le capital est garanti à chaque instant. C'est le premier point à intégrer : la garantie est une garantie de fin de parcours. Elle suppose de pouvoir rester investi jusqu'au terme, trois à cinq ans en général. Elle ne protège pas en cours de route, et si une secousse survient sur les marchés, ce sont ces garanties à maturité qui vous protégeront, pas la valeur de rachat.
Capital protégé : jusqu'à une barrière
La plupart des produits n'offrent pas une garantie totale mais une protection partielle. Le capital est protégé à l'échéance tant que la baisse du sous-jacent ne dépasse pas un seuil : - 30 %, - 40 %, - 50 % selon les produits. C'est la barrière de protection. En dessous de cette barrière, la protection disparaît et la perte s'applique en totalité : un sous-jacent à - 55 % sur un produit protégé jusqu'à - 50 % signifie une perte de 55 %.
Là aussi, c'est à étudier avant de signer. L'idée n'est pas de refuser toute protection partielle, mais de matérialiser le risque réel que l'on prend en souscrivant tel ou tel produit, pour ne pas avoir de mauvaise surprise à l'échéance.
La barrière de coupon : le rendement affiché n'est pas acquis
Il y a toujours des conditions pour percevoir le rendement affiché. On distingue deux familles de produits : ceux qui distribuent le coupon à la fin, et ceux qui le distribuent périodiquement, tous les trimestres, tous les semestres ou tous les ans. Dans les deux cas, si le niveau du sous-jacent descend en dessous de certaines barrières, le coupon n'est pas versé.
Comme pour la garantie en capital, il faut donc connaître les scénarios possibles : à quel moment je touche le coupon, à quel moment je ne le touche pas. Un produit peut être configuré pour continuer à verser ses coupons même quand le sous-jacent est à - 30 ou - 40 %. Un autre les suspend dès la première baisse. Les deux s'appellent « produit structuré ». La différence est dans la barrière.
Les trois scénarios à écrire avant de signer
Pour un produit donné, trois scénarios suffisent à savoir où l'on met les pieds. Le sous-jacent monte ou reste stable : le produit est rappelé à une date anniversaire, le capital est remboursé avec le coupon. Le sous-jacent baisse modérément, sans franchir la barrière de protection : le capital est remboursé à l'échéance ; selon la barrière de coupon, les coupons sont versés ou non pendant la vie du produit. Le sous-jacent baisse fortement, au-delà de la barrière : la perte s'applique en totalité à l'échéance. Si l'un de ces scénarios n'est pas clair à la lecture de la brochure, il ne faut pas souscrire.
La garantie porte sur un émetteur. C'est la banque qui a construit le produit qui vous doit le capital à l'échéance, pas forcément l'assureur ou la banque qui vous l'a vendu. Si l'émetteur fait défaut, la garantie disparaît avec lui. Son nom est écrit en petit dans la brochure, et c'est pourtant lui qu'il faut regarder : voir les frais des produits structurés et l'émetteur.
Prolongements
Sur les garanties en général : FGAP, la garantie de l'assurance vie et la garantie des dépôts bancaires, qui ne couvrent ni l'une ni l'autre la valeur d'un produit structuré.
Par Nicolas Andlauer
Mikael Guéviguian