Le mot est partout dans les propositions des banques, des assureurs et de certains conseillers : « produit structuré », « fonds à formule », « autocall ». Derrière, un mécanisme financier précis, qui peut être un bon outil pour un profil prudent ou un piège coûteux, selon la façon dont il est construit et vendu. La différence ne se voit pas sur la plaquette. Elle se voit dans les conditions.
Un produit structuré est un placement à durée déterminée dont le rendement (le coupon) et la protection du capital dépendent de l'évolution d'un sous-jacent (une action, un panier d'actions ou un indice), selon des règles fixées dès le départ. Tout se joue dans ces règles.
Nous verrons comment fonctionne un produit structuré, pourquoi on en vend autant, dans quels cas il a du sens, où sont les pièges, ce que valent les garanties en capital, ce que ça coûte réellement, et la place qu'il peut occuper dans un patrimoine. Chaque sujet est approfondi dans un article dédié, relié en fin de page.
Qu'est-ce qu'un produit structuré ?
Un produit structuré est un placement dont les règles sont écrites à l'avance : le rendement visé, le niveau de protection du capital (total ou partiel) et la durée. Il investit sur ce qu'on appelle un sous-jacent : une action, un panier de deux ou trois actions, ou un indice comme le CAC 40 ou l'Euro Stoxx 50. Son objectif est de suivre l'évolution de ce sous-jacent et d'appliquer les règles prévues.
Le mécanisme de base est simple. Au terme de la première année, si le sous-jacent est à un niveau supérieur ou égal à son niveau de départ, le produit prend fin : le client récupère son capital, plus le coupon. Sinon, le produit continue, et l'on regarde à nouveau l'année suivante. C'est ce qu'on appelle le rappel anticipé, ou « autocall ». À partir de cette base, il existe des dizaines de versions, chacune avec sa propre configuration : fréquence des coupons, barrières de protection, conditions de rappel, maturité.
Pourquoi les banques et les réseaux en vendent-ils autant ?
Les produits structurés sont arrivés en force sur le marché français autour de 2009-2010, quand le rendement du fonds euro est passé sous la barre des 4 %. Les assureurs et les banques cherchaient une solution pour faire sortir leurs clients prudents du fonds euro, qui pesait sur leurs réserves, vers un produit garantissant le capital à l'échéance avec un rendement un peu supérieur. C'était la raison initiale, et elle était défendable.
Elle a été largement dévoyée. Ce qui explique le volume de produits structurés vendus aujourd'hui, c'est la possibilité pour le distributeur de moduler ses frais, et en particulier la commission perçue à l'entrée, l'upfront. Là où un fonds classique rapporte 1 ou 2 % à celui qui le place, un produit structuré peut rapporter 5, 6, 7, jusqu'à 10 %. Cette commission ne vient pas en déduction du capital affiché, ce qui la rend invisible pour le client. Elle vient en déduction du coupon. Le détail est dans notre article sur les frais des produits structurés.
Dans quels cas est-ce une bonne idée ?
Un produit structuré bien construit a du sens pour un profil prudent, défensif ou équilibré, qui cherche un rendement supérieur à celui du fonds euro tout en gardant un matelas de sécurité sur une partie de son capital. Il n'est pas fait pour un profil dynamique : sa performance est plafonnée au coupon prévu, quoi que fasse le sous-jacent.
Il est aussi intéressant pour qui cherche un complément de revenus. Un produit structuré se configure : le coupon peut être versé à l'échéance, ou tous les trimestres, tous les semestres, tous les ans. La version à coupons trimestriels est celle que Mikael Guéviguian privilégie pour ses clients, parce qu'elle continue de distribuer même quand le sous-jacent baisse, tant que les barrières prévues ne sont pas franchies.
Où sont les pièges ?
Ils sont partout, et c'est le vrai sujet. Le premier est l'upfront : plus la commission d'entrée est élevée, plus le coupon est faible, et plus le produit a besoin de mécanismes risqués pour afficher un rendement attractif. Le deuxième est la condition de rappel : le produit prend-il fin quand le sous-jacent a progressé, ou quand l'émetteur le décide ? Un rappel à la main de l'émetteur signifie qu'il garde vos fonds tant que les conditions lui sont favorables et vous les rend quand elles ne le sont plus. Le troisième est le décrément, un mécanisme qui retire 5 à 10 % par an au sous-jacent : il faut que celui-ci progresse d'autant rien que pour rester stable. Le quatrième est la maturité : au-delà de 5 ans, et a fortiori à 10 ou 12 ans, le risque change de nature.
Le plus gros piège, si l'on devait n'en retenir qu'un, est la complexité. Un produit structuré que l'on ne comprend pas n'est pas un produit sain par hasard : c'est un produit dans lequel il ne faut pas aller. Chaque piège est détaillé, avec un exemple réel, dans les pièges des produits structurés.
Capital garanti, capital protégé, barrière : ce que ça veut dire
Ces trois mots figurent sur toutes les plaquettes, et leur sens est plus étroit qu'on ne le croit. Un capital « garanti » l'est à l'échéance du produit, pas à tout moment. Si le produit dure trois ans et que vous êtes en perte de 5 % la première année, rien n'est perdu tant que vous allez au terme ; si vous sortez tout de suite, vous récupérez la valeur du moment, et la perte est réelle. Ce n'est pas le fonds euro, garanti à chaque instant.
Un capital « protégé » l'est partiellement : jusqu'à une baisse de 30, 40 ou 50 % du sous-jacent, au-delà de laquelle la perte s'applique en totalité. La « barrière » est le seuil qui déclenche ou non le versement du coupon, ou la protection du capital. Pour chaque produit, il faut connaître les scénarios : dans quel cas je touche le coupon, dans quel cas je ne le touche pas, dans quel cas je perds. C'est l'objet de capital garanti, capital protégé, barrière.
Le rendement affiché, est-ce qu'on le touche vraiment ?
Il y a toujours des conditions pour percevoir le rendement affiché. Soit le produit distribue le coupon à l'échéance, soit il le distribue périodiquement ; dans les deux cas, si le sous-jacent passe sous certaines barrières, le coupon n'est pas versé. L'erreur la plus fréquente des épargnants est de ne regarder que le chiffre : « 10 %, 11 %, 12,95 % ». Parfois, les conditions pour le percevoir sont si nombreuses qu'il n'est jamais versé. C'est précisément pour cela que les distributeurs mettent le coupon en avant. Il faut regarder le moteur, pas la carrosserie.
Combien ça coûte, et qui est payé ?
Deux couches de frais à l'entrée : la commission de l'émetteur, la banque qui conçoit et héberge le produit, et la commission de l'intermédiaire qui le distribue (banque, conseiller, family office). Les bons élèves se limitent à 2 ou 3 % d'upfront. Au-delà de 3 %, c'est cher ; à 7 ou 8 %, le coupon perd 2, 3, parfois 4 points. Et l'émetteur mérite une attention que personne ne lui accorde : la banque ou l'assureur qui vous vend le produit n'en est pas toujours l'émetteur, et c'est la solidité de ce dernier qui garantit vos fonds. Tout est détaillé dans les frais des produits structurés.
Quelle place dans un patrimoine ?
Un produit structuré a sa place dans une allocation, pour deux usages : faire travailler un capital avec une protection partielle, ou distribuer des revenus réguliers. Mais sa performance est plafonnée : si le sous-jacent fait + 25 %, vous touchez le coupon prévu, pas plus. Il ne remplace ni les ETF, ni les titres vifs, ni l'immobilier. Comme tout dans une allocation, il se pondère ; l'ordre de grandeur que retient Mikael Guéviguian est de ne pas dépasser 20 à 25 % du patrimoine financier, et c'est déjà beaucoup.
Un produit structuré ne se subit pas forcément. Les produits « de campagne », conçus pour le plus grand nombre, ne sont qu'une partie de l'offre : on peut construire un produit structuré sur mesure, à partir des objectifs du client, sans upfront, et pas seulement pour des millions. Mikael Guéviguian en monte à partir de 2 500 €. Voir produit structuré sur mesure.
Prolongements
Pour replacer le produit structuré dans une allocation : la vraie diversification de patrimoine et faire fructifier son épargne. Sur les frais en général : les rétrocessions sur OPCVM. Mikael Guéviguian est membre expert du collectif : sa page de présentation de Livingstone.
Par Nicolas Andlauer
Mikael Guéviguian